Pierre Reverdy

 

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Pris dans les rafales du temps, glissement lent des plis du jour sur les plis des jours, la poésie de Reverdy s'éloigne pour les lecteurs négligents. Pierre Reverdy, l'ermite de Solesmes, est un poète passé de mode, lui qui fut longtemps considéré comme le plus grand.

Reverdy aura été ce charbonnier au fond des forêts des fougères d'images et des arbres sombres, il aura allumé bien des feux où le quotidien a fait naufrage. Il a traqué « Cette émotion appelée poésie ».

Pas de chemin, pas de balise, une zone proche de celle que décrivait Tarkovski dans Stalker, on sait que s'y trouve une source d'éternité, d'apaisement, mais on ne la voit qu'avec un cœur pur, donc jamais. La poésie de Reverdy se situe dans une autre échelle de temps, qui paraît immobile pour nous, qui vit à l'intérieur de lui-même.

Pudique il parlait peu de sa vie, aussi il sera simplement mentionné qu'il est né 13 septembre 1889 à Narbonne, qu'il aura été imprégné des odeurs de la Montagne noire et de la mer, qu'il aura connu Paris et ses artistes dés octobre 1910.

Là il débarque dans les brumes de la ville et des locomotives. Il aura froid, il aura faim. Ses doutes et son cheminement spirituel le conduisent à rompre avec le brillant littéraire  et s'installer à Solesmes en 1926, aux portes de l'abbaye. Il y meurt le 17 juin 1960 à 71 ans.

La poésie de Reverdy est lourde, lourde de sens, et lucide. Une flamme sourde. Mouvants reflets d'un monde proche et étranger à la fois.

Dans la poésie de Reverdy une étrange partie se joue. Nous ne voyons pas les cartes. Et c'est pourtant notre destin qui se joue face à nous et sans nous.  Gil Pressnitzer

 

" Il y a un temps pareil à l'autre, au bout du monde. On pense à quelqu'un d'autre et, sur le marbre, on laisse un simple nom, sans préface ni point. Le portrait de sa vie. Mémoire...De ma vie, je n'aurai jamais rien su faire de particulièrement remarquable pour la gagner, ni pour la perdre... Si les glaces de verre sont flatteuses pour toi, supprime-les. Ne te regarde pas en dehors mais en dedans, il y a là un sombre miroir sans complaisance...Quand le pas du marcheur sur le cadran qui compte règle le mouvement et pousse l'horizon, tous les cris sont passés tous les temps se rencontrent et moi je marche au ciel les yeux dans les rayons. Il y a du bruit pour rien et des noms dans ma tête. Des visages vivants...je suis si loin des voix...je suis si loin quand je compte tout ce que j'aime...Enfin me voilà debout,je suis passé par là...Quelqu’un passe aussi par là maintenant comme moi sans savoir où il va..." 

Pierre Reverdy